Artisan des mots

Abrégé de l’art poétique français

[… ] Tu auras en premier lieu les conceptions hautes, grandes, belles et non trainantes à terre. Car le point principal est l’invention, laquelle vient tant de la bonne nature, que de la leçon des bons et anciens auteurs […]

Après tu seras studieux de la lecture des bons poètes, et les apprendras par cœur autant que tu pourras. Tu seras laborieux à corriger et limer tes vers, et ne leur pardonneras non plus qu’un bon jardinier à son ante, quand il la voit chargée de branches inutiles ou de bien peu de profit […]

[…] Tu converseras doucement et honnêtement avec les poètes de ton temps : tu honoreras les plus vieux comme tes pères, tes pareils comme tes frères, les moindres comme tes enfants, et leur communiqueras tes écrits : car tu ne dois rien mettre en lumière qui n’ait premièrement été vu et revu de tes amis […]

[… ] Après, à mon imitation tu feras tes vers masculins et féminins tant qu’il te sera possible, pour être plus propres à la Musique et accord des instruments, en faveur desquels il semble que la poésie soit née : car la poésie sans les instruments, ou sans la grâce d’une seule, ou plusieurs voix, n’est nullement agréable, non plus que les instruments sans être animés de la mélodie d’une plaisante voix […]

Extraits de l’Abrégé de l’art poétique français, 1565

Voyage d’Arcueil

Debout ! J’entends la Brigade,
J’oie l’aubade
De nos amis enjoués,
Qui pour nous éveiller sonnent
Et entonnent
Leurs chalumeaux enroués.

J’entr’oie déjà la guiterre,
J’oie la terre
Qui tressaute sous leurs pas :
J’entends la libre cadence
De leur danse,
Qui trépigne sans compas.

Corydon, ouvre la porte
Qu’on leur porte
Dès la pointe du matin
Jambons, pâtés et saucisses,
Sacrifices
Qu’on doit immoler au vin.

Dieu garde la savante troupe :
Calliope
Honore votre renom,
Bellay, Baïf, et encore
Toi qui dore
La France en l’or de ton nom.

Le long des ondes sacrées
Par les prés,
Couronnés de saules verts,
Au son des ondes jazardes
Trépillardes
À l’envie ferez des vers.

Extrait du Voyage d’Arcueil, 1552

Hymne d’Henri II

Non, je ne suis tout seul, non, tout seul je ne suis,
Non, je ne le suis pas, qui par mes œuvres puis
Donner aux grands Seigneurs une gloire éternelle :
Autres le peuvent faire, un Bellay, un Jodelle,
Un Baïf, Pelletier, un Belleau et Tyard,
Qui des Neufs Muses en don ont reçu le bel art
De faire par les vers les grands Seigneurs revivre,
Mieux que leurs bâtiments ou leur fonte de cuivre.

Extrait supprimé plus tard de l’Hymne d’Henri II, 1555

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