Programmation 2020

Discours des misères de ce temps

(Pour écouter le poème, veuillez cliquer sur la photo ci-dessous)

Madame, je serais ou du plomb ou du bois,
Si moi que la nature a fait naître François,
Aux races à venir je ne contais la peine
Et l’extrême malheur dont notre France est pleine.
Je veux de siècle en siècle au monde publier
D’une plume de fer sur un papier d’acier,
Que ses propres enfants l’ont prise et dévêtue,
Et jusques à la mort vilainement battue.
Elle semble au marchand, accueilli de malheur,
Lequel au coin d’un bois rencontre le voleur,
Qui contre l’estomac lui tend la main armée,
Tant il a l’âme au corps d’avarice affamée.
Il n’est pas seulement content de lui piller
La bourse et le cheval ; il le fait dépouiller,
Le bat et le tourmente, et d’une dague essaie
De lui chasser du corps l’âme par une plaie ;
Puis en le voyant mort se sourit de ses coups,
Et le laisse manger aux mâtins et aux loups.
Si est-ce que de Dieu la juste intelligence
Court après le meurtrier et en prend la vengeance
Et dessus une roue (après mille travaux)
Sert aux hommes d’exemple et de proie aux corbeaux.
Mais ces nouveaux Chrétiens qui la France ont pillée,
Volée, assassinée à force dépouillée,
Et de cent mille coups tout l’estomac battu
(Comme si brigandage était une vertu)
Vivent sans châtiment, et à les ouïr dire,
C’est Dieu qui les conduit et ne s’en font que rire.

Continuation du Discours des Misères de ce temps adressé à la Reine Catherine de Médicis en 1562, v. 1 à 28

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