Actualités 2021

Poème collaboratif #3

C’était en la saison que le pesteux Automne

Déroulait en nous ses beaux jours atones

Par les prés encore chargés de l’ancienne chaleur

Quand le Ciel nous accorde encore sa douceur :

Lors que les arbres égrainent l’or de leurs feuilles

Qui ne sont que bruissements sous le pas des écureuils

Faisant grandes provisions et les petits oiseaux

Voletants par les bois de rameaux en rameaux

Amassent la becquée et devançant la froidure

Ont souci comme nous de leur race future.

 

Thoinet au mois de novembre passant par Vendômois

Me mena voir à Tours un lieu à la fois solitaire et coi

Qui aux rives de Loire prend forme d’ile

Et offre au regard ses pierres immobiles

Que les passions éteintes ont livrés aux démolisseurs

Lui causant devant l’éternité grands heurts et malheurs

 

Nous partîmes tous deux des confins de Coutures,

Nous passâmes Gâtines et ses hautes verdures

Nous passâmes Marray et vîmes à mi-jour

Du cousin Phelippot s’élever la grand tour

Qui de Beaumont la Ronce honore le village

Comme un pin fait honneur aux arbres d’un bocage

Comblés par l’hospitalité sans égale du gaillard

Chez lui nous bambochâmes jusques au soir bien tard

De là vînmes coucher au gué de Langennerie,

Sous la voute céleste nous plongeant dans la rêverie :

Puis aux première lueurs du jour redoublant le marcher,

Nous vîmes dans un bois les vieilles pierres s’élever

De Saint-Cosme près Tours, d’où le tumulte de la ville

Nous parvenait quand bientôt s’immobilisa notre quille.

 

Débarqués, nous foulâmes de la Loire les sablons

Qui gardent nos traces sur le sentier blond :

Là, dans l’éternelle nature, la lumière de l’après-midi

Offrait aux ruines la douce couleur de la mélancolie

Qui nous vient quand on mesure que le temps passe,

Avec lui les souvenirs qui jamais ne s’effacent,

Et dessinent aux lèvres le sourire de ceux qui ont bien vécu

Traquant le bonheur dans l’instant comme je l’ai su.

 

Surgit alors l’espoir que Marion réapparaisse dans l’allée

Baignée par la clarté magique, tout à notre joie retrouvée

Elle, comme une rose bienveillante dans la douceur tourangelle

Me revint le doux ballet de nos étreintes pareilles

Au vent qui joue avec les branches effeuillées

Mon âme voguait, tout n’était que sérénité.

 

Thoinet ôta le calme de mon esprit quand sur son visage

Je pus lire le plus douloureux des témoignages :

Du temps passé il avait pris la violente mesure

Alors que j’avais dérivé par mon amoureuse nature.

Je vis alors son air prendre de l’ire le voile,

De ma zénitude (qui mène à la plénitude) il prit le rebrousse-poil,

Car bientôt devant le champ de ruines éclata sa colère.

Ce qui me fit dire devant les murs séculaires :

Si c’est de la Rome antique que les ruines sont nées

Ma nostalgie habitera là où les muses demeureront à jamais.

 

Je choisis Saint-Cosme en l’Ile pour tombeau

Et les poèmes mordorés pour cruel flambeau

Passant, il ne te restera pour mien héritage

Que cette ode trafiquée au turon rivage :

‘Donc cependant que l’âge nous convie

De nous ébattre, égayons notre vie :

Ne vois-tu le temps qui s’enfuit,

Et la vieillesse qui nous suit ?

 

Écrit par Vincent G. avec les mots des membres de la Communauté Facebook du Prieuré Saint-Cosme.

Ce poème a pour point de départ le Voyage de Tours ou les Amoureux écrit en 1555 dont la trame du début est conservée. Dans le poème initial Thoinet (Jean-Antoine de Baïf) accompagne son ami Ronsard à la rencontre de Marie (Marion) sa seconde muse. Le poème pastiche s’achève sur l’ode XI qui appartient au Quatrième livre des Odes, 1550.

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