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Fermeture pour raisons sanitaires

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La Bibliothèque de Ronsard, épisode 1 : les poètes grecs

Pierre de Ronsard est un lecteur assidu, avant d’être un écrivain prolifique. Au fil de ses poèmes, il a laissé les traces de ses lectures, et ainsi une photographie, rendue parfois illisible à cause du temps, de sa bibliothèque.

Dans cette bibliothèque, on repère trois grandes catégories : les ouvrages des poètes grecs et des auteurs de l’Antiquité, les ouvrages des auteurs italiens et les ouvrages des auteurs français.

Le Prieuré Saint-Cosme, demeure de Ronsard, monument de Conseil Départemental d’Indre-et-Loire, souhaite proposer à partir de 2023 une reconstitution partielle de cette « librairie » dans son cabinet de travail et dans la pièce de retrait, attenante à la salle à manger du logis. Dans l’attente de cette nouvelle présentation, voici, en deux articles, un résumé des recherches historiques faites sur cette bibliothèque et les méthodes de travail de Ronsard.

De manière peu surprenante, on sait tout d’abord que le poète porte à ses livres un amour inconditionnel :

« Et te promets que si tôt que la bise

Hors de son bois aura la feuille mise,

Faisant des près la verte robe choir,

Que d’un pied prompt je courrai pour revoir

Mes compagnons, et mes livres, que j’aime

Beaucoup plus qu’eux, que toi, ni que moi-même »

(Pierre de Ronsard, Le Bocage, 1554)

 

Une bibliothèque fantôme

On ne sait pas combien de livres possédait Ronsard, mais il est probable que ce nombre soit important au moment de sa mort, en 1585. Il hérite en effet dès 1535 (il est alors âgé de 11 ans) de la bibliothèque de son oncle Jean de Ronsard, vicaire général de l’évêque du Mans, qu’il complètera au fil de ses rencontres. Cette bibliothèque était mobile, puisqu’elle accompagnait le poète dans ses déplacements et pouvait certainement se contenir dans un ou plusieurs coffre(s).  Il ne faut donc pas imaginer des volumes bien rangés et serrés sur un rayonnage… Mais des ouvrages reliés en peau, dont le titre ou l’auteur est indiqué à la main sur le plat, posés à l’horizontal, sur une ou deux « étagères ».

Après sa mort, sa bibliothèque fut certainement rapidement dispersée. Mais aucune mention n’est faite de ses livres dans les deux testaments qu’il laisse. On sait pourtant que Guillaume Colletet, poète, académicien et biographe de Ronsard, possédait en 1648 « quelques livres italiens que Ronsard avait lus exactement et qui sont en mille endroits marqués et annotés de sa propre main ».

Aujourd’hui, seuls une vingtaine d’ouvrages subsistent de manière certaine et sont authentifiés ayant appartenu à Ronsard.

Parmi les trois grandes catégories listées en introduction, penchons d’abord les ouvrages des poètes et prosateurs grecs et latins (classiques et de l’Antiquité tardive)

L’inspiration vient en lisant : les poètes grecs et les auteurs de l’Antiquité

Les ouvrages des poètes grecs et des auteurs de l’Antiquité constituent une part importante de cette bibliothèque humaniste :

On y trouve les poètes latins (Horace, Ovide, Virgile) mais aussi Agricola, Cardan et Celsius, qui témoignent des intérêts scientifiques de Ronsard. On note aussi un volume de Lucrèce, De rerum natura libri VI, un ouvrage composé à partir de La Nature d’Epicure.

Parmi les ouvrages des poètes grecs, on recense des dictionnaires latin-grec, L’Iliade et l’Odyssée d’Homère, Anacréon et sa poésie amoureuse et de banquet, mais aussi l’Alexandra de Lycophron, annoté également par le maître de Ronsard, Dorat et Apollonios de Rhodes, poète épique. Ronsard avait également un exemplaire des Questions homériques du philosophe néoplatonicien Porphyre de Tyr, disciple de Plotin.

Les historiens ont ainsi identifié la consultation, par Ronsard, d’un certain nombre de commentateurs des auteurs latins et grecs classiques : Macrobe et son Commentaire au Songe de Scipion de Cicéron, Jean Tzétzès, poète byzantin du XIIè siècle qui a expliqué dans les Allégories homériques, la « matière » de l’Iliade et de l’Odyssée.

 

Prochain épisode : les anthologies italiennes et les auteurs français du Moyen Age et du XVIè siècle présents dans la bibliothèque de Ronsard.

 

Pour en savoir plus :

Raymond Lebègue, « Ronsard au travail », in Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Lettres d’humanité, n°11, décembre 1952, pp. 72-92

François Rouget, Ronsard et le Livre, Tome 1 et 2, Genève, Droz, 2010 et 2012.

Auteure de l'article : Florence Caillet-Baraniak, responsable adjointe du Prieuré Saint-Cosme

 

Poème collaboratif #3

C’était en la saison que le pesteux Automne

Déroulait en nous ses beaux jours atones

Par les prés encore chargés de l’ancienne chaleur

Quand le Ciel nous accorde encore sa douceur :

Lors que les arbres égrainent l’or de leurs feuilles

Qui ne sont que bruissements sous le pas des écureuils

Faisant grandes provisions et les petits oiseaux

Voletants par les bois de rameaux en rameaux

Amassent la becquée et devançant la froidure

Ont souci comme nous de leur race future.

 

Thoinet au mois de novembre passant par Vendômois

Me mena voir à Tours un lieu à la fois solitaire et coi

Qui aux rives de Loire prend forme d’ile

Et offre au regard ses pierres immobiles

Que les passions éteintes ont livrés aux démolisseurs

Lui causant devant l’éternité grands heurts et malheurs

 

Nous partîmes tous deux des confins de Coutures,

Nous passâmes Gâtines et ses hautes verdures

Nous passâmes Marray et vîmes à mi-jour

Du cousin Phelippot s’élever la grand tour

Qui de Beaumont la Ronce honore le village

Comme un pin fait honneur aux arbres d’un bocage

Comblés par l’hospitalité sans égale du gaillard

Chez lui nous bambochâmes jusques au soir bien tard

De là vînmes coucher au gué de Langennerie,

Sous la voute céleste nous plongeant dans la rêverie :

Puis aux première lueurs du jour redoublant le marcher,

Nous vîmes dans un bois les vieilles pierres s’élever

De Saint-Cosme près Tours, d’où le tumulte de la ville

Nous parvenait quand bientôt s’immobilisa notre quille.

 

Débarqués, nous foulâmes de la Loire les sablons

Qui gardent nos traces sur le sentier blond :

Là, dans l’éternelle nature, la lumière de l’après-midi

Offrait aux ruines la douce couleur de la mélancolie

Qui nous vient quand on mesure que le temps passe,

Avec lui les souvenirs qui jamais ne s’effacent,

Et dessinent aux lèvres le sourire de ceux qui ont bien vécu

Traquant le bonheur dans l’instant comme je l’ai su.

 

Surgit alors l’espoir que Marion réapparaisse dans l’allée

Baignée par la clarté magique, tout à notre joie retrouvée

Elle, comme une rose bienveillante dans la douceur tourangelle

Me revint le doux ballet de nos étreintes pareilles

Au vent qui joue avec les branches effeuillées

Mon âme voguait, tout n’était que sérénité.

 

Thoinet ôta le calme de mon esprit quand sur son visage

Je pus lire le plus douloureux des témoignages :

Du temps passé il avait pris la violente mesure

Alors que j’avais dérivé par mon amoureuse nature.

Je vis alors son air prendre de l’ire le voile,

De ma zénitude (qui mène à la plénitude) il prit le rebrousse-poil,

Car bientôt devant le champ de ruines éclata sa colère.

Ce qui me fit dire devant les murs séculaires :

Si c’est de la Rome antique que les ruines sont nées

Ma nostalgie habitera là où les muses demeureront à jamais.

 

Je choisis Saint-Cosme en l’Ile pour tombeau

Et les poèmes mordorés pour cruel flambeau

Passant, il ne te restera pour mien héritage

Que cette ode trafiquée au turon rivage :

‘Donc cependant que l’âge nous convie

De nous ébattre, égayons notre vie :

Ne vois-tu le temps qui s’enfuit,

Et la vieillesse qui nous suit ?

 

Écrit par Vincent G. avec les mots des membres de la Communauté Facebook du Prieuré Saint-Cosme.

Ce poème a pour point de départ le Voyage de Tours ou les Amoureux écrit en 1555 dont la trame du début est conservée. Dans le poème initial Thoinet (Jean-Antoine de Baïf) accompagne son ami Ronsard à la rencontre de Marie (Marion) sa seconde muse. Le poème pastiche s’achève sur l’ode XI qui appartient au Quatrième livre des Odes, 1550.

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