Actualités 2021

La poésie en France à la Renaissance

La poésie est au cœur de la littérature française de la Renaissance. Elle est l’objet de recherche, d’exploration, intégrant l’héritage du Moyen Age, s’inspirant de la poésie italienne et des modèles antiques :  elle est à la fois innovante et inclusive d’influences diverses.

Vous avez dit « poésie » ?

Bien qu’il soit un sujet central de recherche et de théorisation, le mot « poésie » n’existe pas encore au début du XVIe siècle.

Le mot « poésie » vient du nom grec « poeisis » et du verbe « poiein » qui signifie faire, fabriquer : la poésie est donc fabrication « littéraire » et le poète, un ouvrier des mots. Ainsi, jusqu’à la fin du XVe siècle, on désigne cette forme de littérature par un mot très différent : on parle de « métrificature » et de « métrificateur », c’est-à-dire un artisan, employé par les « grands » du royaume à la cour royale, qui travaille sur l’histoire de la famille dont il dépend et réalise des exercices verbaux de divertissement et de jeux. Les « métrificateurs » ou « rhétoriqueurs » s’attachent ainsi essentiellement au style, à la forme, parfois poussée jusqu’aux limites de ce que peut la langue… Et le sens n’a pas beaucoup d’importance dans cette poésie.

Au siècle suivant, si le poète reste attaché financièrement aux « grands », il acquiert une plus grande liberté d’inspiration et d’imagination grâce à l’influence des mécènes italiens de la Renaissance qui confèrent aux poètes le statut d’artistes indépendants.

Une poésie inspirée

Depuis l’Antiquité, il y a deux définitions de la poésie qui coexistent. Il s’agit à la fois d’un exercice formel et métrique mais aussi d’une fiction, une représentation dense et suggestive qui forge un univers.

Le courant néoplatonicien, introduit en France par les humanistes à partir de 1540, valorise plus particulièrement la définition d’une poésie-fiction. Pour Platon, le poète est un être inspiré, et non plus un simple « métrificateur », qui écrit son œuvre sous l’impulsion d’un enthousiasme divin, grâce à l’« Amour qui meut le ciel et les étoiles » (dernier vers de la Divine Comédie de Dante).

La création poétique est définie comme une fureur inspirée : Jacques Peletier Du Mans, dans son Art poétique, définit les poètes comme des interprètes des dieux, qui peuvent concevoir les secrets divins pour les manifester aux hommes.

La poésie va ainsi devenir le lieu d’une « révélation » : le texte nécessite un effort de déchiffrement, de compréhension de la part du lecteur afin d’accéder aux beautés du monde.

Ainsi l’exprime Ronsard, dans son Ode à Michel de L’Hospital, en 1552 (Ode X du Premier Livre des Odes, Epode) :

Celuy qui sans mon ardeur
Voudra chanter quelque choſe,
Il voirra ce qu’il compose
Veuf de grace & de grandeur :
Ses vers naistrons inutis
Ainſi qu’enfans abortis
Qui ont forcé leur naissance :
Pour monstrer en chacun lieu
Que les vers viennent de Dieu,
Non de l’humaine puissance.

Ceux que je veux faire Poëtes

Par la grace de ma bonté,

Seront nommez les interpretes

Des Dieux, et de leur volonté […]

Poésie et musique

Pour mieux ressentir les forces cosmiques de l’univers, l’auditeur trouvera dans la musique le liant indispensable à l’art de la poésie. Ronsard demande à ses lecteurs de chanter ses poèmes car « la poésie, sans la grâce des instruments et de la voix, est une chose nullement agréable » : l’importance est accordée à la récitation et à la lecture expressive.

Les poètes du XVIe siècle ont ainsi le souci de la musicalité de la poésie, et travaillent sur l’harmonie sonore de leurs vers. Ronsard aura le souci constant d’allier musique et poésie :

« La Poésie sans les instruments, ou sans la grâce d’une seule ou plusieurs voix, n’est nullement agréable, non plus que les instruments sans être animés de la mélodie d’une plaisante voix ». (Abrégé de l’art poétique, 1565)

Un renouvellement formel : une sensibilité nouvelle

Au XVIe siècle, et notamment à partir de 1530, les poètes de la Renaissance se libèrent des formes fixes présentes au Moyen Age : le rondeau, la ballade, les rimes, etc… Ainsi Ronsard, dans ses Livres des Odes, cherche à donner une forme nouvelle et différente à chacun de ses poèmes.

Se développe parallèlement et massivement l’alexandrin à rimes plates (AABB), jetant ainsi les bases modernes de la poésie classique.

Toutefois, il y a une forme fixe qui est favorisée : c’est le sonnet. Introduite par Clément Marot, cette forme d’origine italienne se diffuse autour de 1550 grâce aux poètes de la Pléiade et s’impose comme centrale dans la poésie française. Elle se distingue des formes fixes héritées du Moyen Âge car elle est fondée sur une tension entre deux quatrains à rimes embrassées (ABBA ABBA) et deux tercets sur trois rimes adoptant un schéma de rimes libres (CCD CCD CDC…) : il s’agit donc d’une forme semi-fixe, qui se libère dans sa structure au fur et à mesure : on passe d’une forme fixe (2 quatrains à rimes embrassées) à un schéma de tercets libres.

La poésie et l’essor du français

Le XVIe siècle marque le début du français, moderne. La langue poétique joue, dans ces débuts du français moderne, un rôle qui peut être qualifié « d’avant-garde » : les poètes de La Pléiade voudront faire de leurs recherches de mots, de néologismes et de constructions, les moyens d’enrichir la langue française.

Sources :

Claude-Gilbert Dubois, universitaire et spécialiste de la littérature du XVIe siècle, apporte une introduction claire à la poésie de la Renaissance française : https://www.youtube.com/watch?v=EnXlll0LFHU

Olivier Halévy, maître de conférences à l'université Paris III, explique les enjeux de la poésie du XVIe siècle :  https://www.youtube.com/watch?v=fuQwYcZgKwE

Pour aller plus loin (ouvrage en vente à la librairie-boutique du Prieuré Saint-Cosme) :

François Rigolot, Poésie et Renaissance, Seuil, Essais, 2002

(Article rédigé par : Florence Caillet-Baraniak)

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